Lettre ouverte aux élus du Conseil Régional d'Ile de France

Publié le par MAbC

Rédigée par des professeurs et enseignants chercheurs "voisins"
....en vue de sa réunion du jeudi 26 mars 2009
 

On assiste actuellement à une accélération des mesures et des réformes touchant l'éducation et la recherche publique en France :

  • Réductions très fortes de personnel enseignant et d'accompagnement de la vie scolaire (infirmières, assistantes sociales, documentalistes) dans les collèges et les lycées, touchant particulièrement les secteurs socialement défavorisés, alors que de grands progrès avaient été réalisés ces dernières années concernant la réussite scolaire dans ces secteurs, grâce à des augmentations de moyens.
  • Fermetures de classes en primaire avec pour conséquences une  augmentation du nombre d'élèves par classes. Fortes diminutions des effectifs dans les équipes des rased, remettant en cause le travail d'équipe réalisé et l'accompagnement des enfants en difficulté.
  • Réductions des moyens attribués aux universités, affectant tout particulièrement les IUT alors même que les formations professionnalisantes proposées par ces établissements sont reconnues par le secteur privé.
  • Réforme du statut des enseignants-chercheurs qui, ajoutée aux diminutions des moyens des universités, va conduire à terme, à une augmentation des charges d'enseignement et à un découplage de l'enseignement universitaire et de la recherche.
  • Augmentation des recrutements sur contrats précaires dans tous les secteurs de l'éducation et de la recherche et à tous les niveaux d'emplois, y compris pour le personnel technique. La précarité de l'emploi est un frein au développement de projets à long terme et au travail d'équipe, ingrédients essentiels de la réussite dans le domaine particulier de l'éducation et de la recherche.
  • Diminution de la formation pédagogique et de l'apprentissage du métier d'enseignant, augmentation de recrutement d'enseignants sur contrats précaires organisés par les nouveaux master enseignement, et la création de l'agence nationale de remplacement.
  • Modification des systèmes de gouvernance dans les écoles (création des EPEP), les universités (loi LRU), et les instituts de recherche (CNRS, INSERM, INRA) avec diminution de la collégialité et mise en place de systèmes très hiérarchisés, nuisant à l'indépendance de pensée et la liberté d'expression.
  • Conditionnement des moyens financiers à une évaluation chiffrée des performances niant la spécificité des métiers de l'éducation et de la recherche (contrats d'objectifs basés par exemple sur les taux de redoublement dans les collèges et lycées, évaluation des performances des chercheurs sur des indicateurs liés au nombre de publications scientifiques et contestés au sein de la communauté scientifique, évaluations nationales au CM2 se traduisant par une note pour chaque élève, jointe au bilan de compétences)
  • Orientation des thématiques de recherche par le politique à travers une modification du système d'attribution des crédits de recherche renforçant les attributions sur appels d'offres thématiques définis par le gouvernement et la société civile.

L'ensemble de ces réformes est contesté par les professionnels de l'éducation et de la recherche. Elles ne permettent en aucun cas une amélioration de la qualité du système,ni de ses « performances » mais s'attaquent, de façon générale, à l'élaboration et à la diffusion des connaissances et de la culture dans notre pays. Depuis plus d'un mois, les universités françaises sont en grève, de nombreux laboratoires de recherche sont en lutte. Des collectifs « de la maternelle à l'université » réunissant des lycéens, des parents d'élèves, et toutes les catégories de personnels de l'éducation et la recherche (primaire, secondaire, universités et instituts de recherche) se mettent en place dans des communes de la région. Il s'agit donc d'un mouvement de contestation massif. 

Il est clair que ces réformes, si elles sont appliquées, vont avoir des conséquences sur le fonctionnement de la région. A court terme, une aggravation des inégalités sociales. A long terme, un affaiblissement global des connaissances, de la culture et du niveau d'éducation, qui finira par porter préjudice au développement économique et social de la région, et du pays. 

Nous souhaitons informer le conseil régional d'île de France de ce large mouvement de contestation, afin qu'il prenne une position sur ces réformes et l'affiche sur son site internet. Nous souhaitons également la mise en place d'une commission de réflexion sur les coût-bénéfices réels de ces réformes et  l'évaluation de leur conséquence à long terme sur l'économie, la société et le développement de la région. 

Publicité

Publié dans Action locale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article